Billets d euros et de dollars croises sur un fond neutre

Acheter un ETF en USD vs en EUR : le faux ami du change

J’ai un copain qui m’a appelé en panique en mars 2024. Il venait de vendre son iShares Core S&P 500 (CSPX, coté en USD) et de racheter le même ETF en version EUR cotée à Paris. « Maintenant je suis tranquille, je n’ai plus le risque dollar », il me dit fier.

Sauf que non. Il avait fait exactement la même chose, en payant des frais de courtage pour rien. Le sous-jacent — le S&P 500 — est libellé en dollars, peu importe la devise de cotation de l’ETF qui le réplique.

C’est l’erreur la plus répandue chez les investisseurs particuliers français. Et personne ne prend cinq minutes pour expliquer correctement.

La cotation vs l’exposition : deux choses différentes

Un ETF a deux dimensions monétaires.

La devise de cotation : c’est la monnaie dans laquelle l’ETF est coté en bourse. Le CSPX coté à Londres est en USD. Le même ETF coté à Amsterdam est en EUR. Le même ETF coté à Francfort est en EUR. Trois cotations différentes du même fonds sous-jacent.

La devise d’exposition : c’est la monnaie dans laquelle sont libellés les actifs du fonds. Si l’ETF détient des actions américaines (S&P 500), l’exposition est en USD, point. Peu importe où il est coté.

Pour le dire autrement : la devise de cotation, c’est juste le panneau d’affichage. La devise d’exposition, c’est ce qu’il y a dans le coffre.

Acheter le CSPX en EUR ne vous protège pas du dollar. Vous êtes exposé à 100 % aux actions américaines, donc 100 % au USD. Le change est juste « caché » dans la cotation EUR, mais il bouge en arrière-plan.

Le vrai sujet : ETF couvert (hedged) ou non couvert

Voilà la vraie question. Pas USD vs EUR de cotation, mais couvert vs non couvert.

Un ETF non couvert (« unhedged ») laisse le change EUR/USD jouer librement. Si le dollar monte de 10 %, votre ETF gagne 10 % en plus. Si le dollar baisse de 10 %, vous perdez 10 %.

Un ETF couvert (« EUR Hedged ») neutralise le risque de change via des contrats forward. La performance de l’ETF reflète uniquement la performance de l’indice sous-jacent, indépendamment du change.

Exemple concret au 6 mai 2026 :
– iShares Core S&P 500 UCITS ETF USD Acc (CSPX) : non couvert. Performance 2024 en EUR : +24,8 %, dont environ +5 % de gain dollar.
– iShares S&P 500 EUR Hedged UCITS ETF (IUSE) : couvert. Performance 2024 en EUR : +19,7 % (S&P 500 brut + coût de couverture).

Différence sur 2024 : 5 points de surperformance pour le non couvert, parce que le dollar s’est apprécié contre l’euro.

Sur 2022, c’était l’inverse : non couvert -13 % en EUR, couvert -19 % en EUR. La couverture aurait fait perdre plus.

Bref, le hedge n’est pas systématiquement payant. Il neutralise un risque, ce qui marche dans les deux sens.

Le coût de la couverture : ce qu’on ne dit jamais

La couverture coûte. C’est mécanique.

Le coût annuel d’une couverture EUR/USD est approximativement égal au différentiel de taux entre l’euro et le dollar. Si la Fed est à 5 % et la BCE à 3 %, la couverture EUR/USD coûte environ 2 %/an. Plus précisément : autour de 1,8-2,2 % en 2024 selon les fournisseurs.

Concrètement, le iShares S&P 500 EUR Hedged a un TER affiché de 0,20 %, mais sa performance réelle est environ 1,8-2 % en dessous de l’indice S&P 500 en USD à cause du coût de couverture.

Sur 30 ans, à coût de couverture moyen 1,5 %/an, vous perdez environ 40 % de capital final par rapport à un ETF non couvert (toutes choses égales par ailleurs).

C’est massif. Vraiment massif.

Quand la couverture vaut-elle le coût ?

Pour les ETF actions long terme : presque jamais. Les actions ont historiquement battu le change sur le long terme. Couvrir pour neutraliser ~2-3 % de volatilité annuelle change ne justifie pas 1,5-2 % de coût annuel.

Pour les ETF obligataires : oui, en général. Une obligation 10 ans US offre 4 % de rendement, dont 2 % perdus à cause du change si l’euro s’apprécie. La volatilité change ~10 %/an dépasse souvent le rendement de l’obligation. Couvrir le risque de change sur du obligataire long terme étranger fait du sens.

Pour les ETF émergents : compliqué. La couverture sur 24 devises émergentes est imparfaite et chère. La plupart des ETF émergents sont non couverts par défaut, et c’est très bien.

Pour un horizon court (< 3 ans) : la couverture peut être justifiée pour stabiliser un capital. Mais sur 3 ans, vous ne devriez probablement pas être en actions de toute façon.

Mon avis : sur un horizon 10+ ans en actions, non couvert par défaut. Sur des obligations étrangères : couvert. Le reste, à arbitrer.

Le change est-il vraiment un risque ?

Question philosophique.

L’EUR/USD a oscillé entre 1,03 et 1,55 sur les 25 dernières années. C’est de la volatilité, mais pas une dérive structurelle. Sur très long terme (50+ ans), les devises majeures tendent à revenir à des équilibres relatifs, modulo l’inflation.

Un investisseur français qui détient du S&P 500 en USD non couvert pendant 30 ans va probablement subir 5-10 cycles EUR/USD. La performance moyenne de l’ETF en EUR sera très proche de la performance du S&P 500 en USD, à long terme.

Pour le dire autrement : sur 30 ans, le change EUR/USD est du bruit. Sur 3 ans, c’est un risque.

Le DCA (investissement régulier) atténue automatiquement le risque de change : vous achetez à différents niveaux de change. Si l’EUR/USD est défavorable un mois, il sera peut-être favorable trois mois plus tard.

La devise de cotation : impact pratique

Bon, donc la devise de cotation n’a pas d’impact sur l’exposition économique. Mais a-t-elle un impact pratique ?

Frais de change du courtier : oui, si vous êtes en EUR et achetez un ETF coté en USD, votre courtier va probablement vous facturer des frais de change. Boursorama : 0,25 % du montant. Bourse Direct : 0,30-0,50 %. DEGIRO : 0,25 %. Trade Republic : 0,15 %.

Acheter une version EUR de l’ETF évite ces frais. Sur un investissement de 1 000 €, c’est 2,50-5 € à chaque achat. Pas négligeable sur 360 versements mensuels (30 ans).

Liquidité : les ETF cotés à Londres en USD sont souvent les plus liquides (gros marché professionnel). Les ETF cotés à Paris en EUR sont parfois moins liquides (spreads plus larges). Pour un investisseur retail à 200-500 €/mois, cette différence est marginale.

Spread bid-ask : généralement 1-3 bp pour les gros ETF cotés à Paris ou Amsterdam. Acceptable.

Donc en pratique : si une version EUR existe, prenez-la, vous évitez les frais de change. Mais ce n’est pas un sujet de couverture.

Les pièges des noms d’ETF

L’industrie ETF est obsédée par les acronymes. Confusion garantie.

iShares Core S&P 500 :
– CSPX : USD Acc (capitalisant), coté en USD à Londres et en EUR à Amsterdam (oui, le même ISIN, deux cotations)
– CSP1 : USD Dist (distribuant)
– IUSE : EUR Hedged Acc (couvert en EUR, capitalisant)
– IUSA : USD Dist coté à Londres
– SXR8 : USD Acc coté à Francfort en EUR

Cinq codes différents pour des variations parfois subtiles. Vous pouvez acheter le CSPX coté en EUR à Amsterdam et le SXR8 coté en EUR à Francfort, ce sont strictement le même ETF. Aucun impact sur la performance, juste sur les frais de courtage selon votre place préférée.

Mon réflexe : toujours vérifier l’ISIN. Deux cotations avec le même ISIN = même fonds. Deux ISIN différents = deux fonds différents.

Cas spécial : MSCI World et son éternel débat

Pour le MSCI World, la question USD vs EUR est encore plus subtile.

Le MSCI World est composé d’actions cotées dans plusieurs devises (USD majoritairement, mais aussi JPY, GBP, EUR, CHF, AUD, CAD). L’indice est calculé en USD ou en EUR selon les versions.

Acheter un ETF MSCI World :
– iShares Core MSCI World UCITS ETF (IWDA) : USD Acc, coté en EUR à Amsterdam
– Lyxor Core MSCI World (LCWD) : EUR Acc, coté en EUR à Paris
– Amundi MSCI World UCITS ETF (CW8) : EUR Acc, coté en EUR à Paris

Tous trois ont la même exposition : 70 % USD, 6 % JPY, 4 % GBP, etc. La devise de cotation ne change rien.

Versions EUR Hedged : iShares MSCI World EUR Hedged (IWDE), Xtrackers MSCI World EUR Hedged (XMWE). Couverture sur l’ensemble du panier de devises (chère et imparfaite, je n’en suis pas fan pour du long terme).

Mon arbitrage personnel

J’investis en EUR (revenus en EUR, dépenses en EUR, retraite envisagée en France). Tous mes ETF actions sont non couverts, peu importe la devise de cotation. J’accepte la volatilité change comme une couche supplémentaire de bruit qui s’efface sur le long terme.

Mes ETF obligataires US (j’en ai 3 % du portefeuille) sont en version EUR Hedged. Le rendement de l’obligation US est trop faible pour absorber 10 % de volatilité change.

J’évite les ETF cotés en USD à Londres parce que mes courtiers (Boursorama, Trade Republic pour le CTO) facturent des frais de change. Je prends les versions EUR cotées à Paris ou Amsterdam.

Frais de change économisés sur 5 ans : environ 280 €. Pas grand-chose, mais autant ne pas les laisser sur la table.

FAQ

Faut-il acheter un ETF en USD ou en EUR ?
La devise de cotation n’a pas d’impact sur l’exposition réelle. Préférez la version cotée dans votre devise de référence (EUR pour la plupart des Français) pour éviter les frais de change du courtier.

ETF couvert (hedged) ou non couvert : que choisir ?
Pour des actions long terme (10+ ans) : non couvert, car le coût de couverture (1,5-2 %/an) érode trop la performance. Pour des obligations étrangères : couvert, car le rendement obligataire est faible et la volatilité change relative est élevée.

Le CSPX coté en EUR me protège-t-il du dollar ?
Non. Le CSPX réplique le S&P 500, libellé en USD. La cotation EUR ne change rien à l’exposition économique. Pour neutraliser le change, il faut une version « EUR Hedged » (par exemple IUSE).

Combien coûte la couverture EUR/USD sur un ETF ?
Le coût annuel équivaut au différentiel de taux entre USD et EUR. En 2024-2025, environ 1,8-2,2 %/an. Ce coût n’est pas inclus dans le TER affiché : il s’observe dans la performance différentielle entre l’ETF couvert et l’indice sous-jacent.

Le change EUR/USD est-il un risque ou une opportunité ?
Les deux. Sur le long terme, c’est principalement du bruit. Sur le court/moyen terme, c’est un risque réel (volatilité ~8-10 %/an). Le DCA atténue ce risque.

Quel ETF MSCI World choisir entre IWDA, CW8 et LCWD ?
Pour la liquidité et la taille : IWDA (75 Md€). Pour la cotation en EUR à Paris : CW8 ou LCWD. Le sous-jacent est identique (MSCI World), seul le TER et la maison d’émetteur diffèrent.

Sources et méthode

  • iShares, fiches produits CSPX, IUSE, SXR8, IWDA, IWDE, consultées le 6 mai 2026 sur ishares.com
  • BCE, taux directeurs et différentiels de taux euro-dollar au 30 avril 2026
  • JustETF, comparatif ETF S&P 500 USD vs EUR Hedged, consulté le 6 mai 2026
  • Boursorama Banque, grille tarifaire des frais de change consultée le 6 mai 2026
  • Données historiques EUR/USD via FRED (Federal Reserve Economic Data), série DEXUSEU

Mention de risque AMF

Le risque de change est un risque réel pour les investisseurs détenant des actifs libellés en devises étrangères. Les ETF couverts neutralisent ce risque mais ont un coût qui érode la performance. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Pour un avis adapté à votre situation, consultez un conseiller en investissement financier enregistré à l’ORIAS.

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Miguel Marie-Magdelaine

Fondateur et rédacteur en chef d'Investalys. Investisseur particulier français depuis 2018 (PEA + assurance-vie + ETF), il porte une exigence éditoriale rigoureuse sur les sujets YMYL finance.

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