Fiscalité des cryptos en 2026 : déclaration, PFU, plus-values
Ma sœur a déclaré ses cryptos pour la première fois sur la déclaration 2024 (revenus 2023). Elle avait acheté pour 9 600 euros en 2021, vendu en septembre 2023 pour 14 200 euros. Plus-value : 4 600 euros. Elle pensait s’en sortir en cinq minutes. Elle y a passé un week-end. Pas parce que c’était compliqué techniquement. Parce que la documentation est éparpillée et que personne ne lui avait expliqué la méthode du prorata du portefeuille global.
Ce guide vise à éviter ce week-end perdu. Et à éviter, surtout, l’amende de 750 euros par compte non-déclaré qu’elle aurait risquée si elle avait oublié le 3916-bis (1 500 euros si solde supérieur à 50 000 euros).
Le cadre légal en 2026
Trois textes à connaître :
Article 150 VH bis du CGI : régime des plus-values sur actifs numériques pour les particuliers, en vigueur depuis le 1er janvier 2019.
BOFiP-Impôts BOI-RPPM-PVBMC-30 : doctrine administrative détaillée. Mise à jour en mars 2024 puis novembre 2025.
Article 1649 bis C du CGI : obligation de déclarer les comptes d’actifs numériques détenus à l’étranger (formulaire 3916-bis).
Nouveauté 2026 : la directive européenne DAC8 (Council Directive 2023/2226) est transposée en droit français depuis le 1er janvier 2026. Conséquence concrète : les plateformes CASP transmettent automatiquement aux administrations fiscales les opérations de leurs clients résidents européens. Penser que c’est anonyme, c’est terminé. Ça l’était déjà depuis longtemps en pratique, mais désormais, c’est mécanisé.
Le PFU à 30 % : ce qu’il couvre vraiment
Depuis 2023, les plus-values de cession d’actifs numériques par les particuliers sont taxées au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %. Décomposition :
- 12,8 % d’impôt sur le revenu
- 17,2 % de prélèvements sociaux
Soit le même régime que les dividendes et plus-values mobilières classiques.
Option possible pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu (case 2OP cochée). Pertinent uniquement si votre tranche marginale d’imposition (TMI) est à 0 % (pas d’IR à payer) ou à 11 % (vous payez alors 11 % + 17,2 % = 28,2 %, soit 1,8 point de moins que le PFU).
Pour un TMI à 30 %, 41 % ou 45 %, le PFU est plus avantageux. Toujours.
Quand la fiscalité s’applique-t-elle ?
Le fait générateur, c’est-à-dire le moment où l’imposition se déclenche, c’est :
- Cession de cryptos contre des euros (vente classique)
- Achat d’un bien ou d’un service avec des cryptos (vous achetez une voiture en BTC : fait générateur)
- Échange crypto contre crypto NON imposable depuis le 1er janvier 2019 (article 150 VH bis), MAIS attention, certains échanges sont requalifiés en cession dans des cas particuliers (notamment activité habituelle ou opérations sur actifs hors champ classique)
Pour la quasi-totalité des particuliers, retenez : l’achat de BTC contre ETH, ou ETH contre USDC, n’est pas un fait générateur. Seule la conversion en euros (ou achat de bien/service) déclenche l’imposition.
Important : cette règle est l’une des particularités françaises favorables. Aux États-Unis ou au Royaume-Uni, chaque échange crypto-crypto est imposable. Profitons-en.
La méthode du prorata : c’est là que ça coince
Voici ce que personne n’explique simplement.
La plus-value imposable n’est PAS calculée par token. Elle est calculée sur le portefeuille global d’actifs numériques, en proportion de la fraction cédée.
Formule simplifiée :
Plus-value = Prix de cession – (Prix total d’acquisition × Prix de cession / Valeur globale du portefeuille au jour de la cession)
Ou autrement formulé :
Plus-value = Prix de cession × [1 – (Prix total d’acquisition / Valeur globale du portefeuille)]
Exemple concret. Marc, en 2025, possédait :
– 0,5 BTC acheté pour 18 000 euros
– 12 ETH achetés pour 21 600 euros
Total acquisition : 39 600 euros.
En septembre 2025, Marc vend 0,15 BTC pour 14 100 euros. À cette date, son portefeuille total vaut 87 200 euros (0,5 BTC à 94 000 euros le bitcoin = 47 000 euros, plus 12 ETH à 3 350 euros = 40 200 euros).
Calcul :
– Fraction de prix de cession : 14 100 euros
– Prix d’acquisition imputable : 39 600 × (14 100 / 87 200) = 39 600 × 0,1617 = 6 405 euros
– Plus-value : 14 100 – 6 405 = 7 695 euros
Imposition : 7 695 × 30 % = 2 308,50 euros.
Notez que le prix d’acquisition imputable n’a aucun lien avec ce que Marc a payé pour les 0,15 BTC initialement. C’est volontaire. La méthode lisse les acquisitions.
C’est cette logique qu’il faut intégrer pour calculer correctement.
Les plateformes proposent-elles un récap fiscal ?
Pas toutes. Pas toutes au même niveau.
Coinhouse : récapitulatif annuel français, conforme méthode 150 VH bis. Bien fait. Disponible en mars-avril chaque année.
Bitpanda : récap fiscal téléchargeable, à adapter pour la France (la méthode autrichienne n’est pas la française).
Kraken : export CSV brut. Vous calculez vous-même ou utilisez un outil tiers (Waltio, Koinly, Blockpit, dont les versions françaises ont été certifiées par l’AMF en 2024).
Binance : export CSV. Récapitulatif partiellement adapté à la France depuis 2024, mais perfectible.
Trade Republic : récap fiscal annuel intégré (mais attention, sur Trade Republic, le statut juridique des positions crypto est différent — voir notre avis Trade Republic).
Outils tiers que j’ai testés :
– Waltio : version française, ergonomie correcte, environ 89 à 299 euros/an selon volume. Recommandable pour un investisseur actif.
– Koinly : version internationale, traduction française mais adapté à plusieurs juridictions. 49 à 199 euros selon le plan.
– Blockpit : autrichien, support français correct.
J’ai testé Waltio en avril 2025 pour la déclaration 2024 (revenus 2024). Calcul du portefeuille consolidé sur 4 plateformes et 2 wallets : opérationnel. Total déclaré sur le formulaire 2086 : exactement aligné avec mon calcul manuel à 12 euros près.
Le formulaire 2086 : la pièce maîtresse
Pour déclarer une plus-value crypto, vous remplissez :
Annexe 2086 « Plus-values sur actifs numériques » : une ligne par cession imposable. Méthode 150 VH bis. À joindre à la déclaration 2042.
Case 3AN ou 3BN sur la 2042 : report de la plus-value totale (3AN) ou moins-value (3BN).
Case 2OP : option pour barème progressif (à cocher uniquement si avantageuse).
Si plusieurs cessions dans l’année, additionnez. Les moins-values d’une année s’imputent sur les plus-values de la même année (article 150 VH bis II), mais ne se reportent PAS sur les années suivantes (différence importante avec les valeurs mobilières classiques où le report sur 10 ans existe).
Le formulaire 3916-bis : ne l’oubliez surtout pas
Tout compte d’actifs numériques détenu auprès d’un prestataire établi à l’étranger (donc Binance, Kraken, Bitpanda, Coinbase Europe à Dublin) doit être déclaré chaque année.
Une déclaration par compte. Format identique au 3916 classique adapté.
Sanction de l’oubli : 750 euros par compte non-déclaré, portée à 1 500 euros si valeur supérieure à 50 000 euros au cours de l’année (article 1736 X du CGI).
Vu en cabinet : un client en 2024 avec 6 plateformes non-déclarées, dont 3 avec solde au-delà de 50 000 euros. Régularisation spontanée : 4 500 euros + 4 500 euros = 9 000 euros d’amendes. Sans intérêts moratoires.
Coinhouse étant française, pas de 3916-bis. Mais Coinbase Europe (Irlande), Bitpanda (Autriche), Binance (Lituanie/Émirats), Kraken (US/Irlande), Trade Republic (Allemagne) : à déclarer.
Staking, rewards, airdrops : régimes spécifiques
Sujet plus complexe. Bref aperçu :
Staking : récompenses considérées comme des produits de placement assimilés à des BNC (article 92 du CGI) si l’activité est habituelle, ou comme des plus-values d’actifs numériques (150 VH bis) si occasionnelle. La doctrine reste floue. Le BOFiP a apporté des précisions en novembre 2025, mais des zones grises subsistent.
Approche prudente : déclarer les rewards de staking comme BNC à leur valeur en euros au jour de réception, puis comme actif numérique au cours du jour pour les calculs ultérieurs.
Airdrops : assimilation au régime BNC à la date de réception (valeur euro du jour). Puis 150 VH bis ensuite.
Mining : BNC ou BIC selon le caractère habituel ou occasionnel.
DeFi (yield farming, prêts) : cas par cas. Souvent BNC. Régime non encore stabilisé, soyez prudent.
Pour les profils complexes (staking régulier, mining, DeFi), passez par un expert-comptable spécialisé crypto. Pas un comptable généraliste. Il existe une vingtaine de cabinets en France compétents sur le sujet.
Cas pratiques
Cas 1 : Sophie a acheté 1 BTC en 2020 pour 8 000 euros. Elle l’a HOLD. Elle ne fait rien en 2026.
Imposition : 0 euro. Pas de fait générateur. Aucune déclaration 2086, mais 3916-bis pour la plateforme étrangère si conservé là-bas.
Cas 2 : Julien a acheté 5 000 euros de BTC et 3 000 euros d’ETH en 2023. En 2025, il convertit ses ETH en USDC pour 4 800 euros, puis revend ses USDC contre 4 800 euros sur compte bancaire.
Le passage ETH → USDC n’est pas un fait générateur. La conversion USDC → euros, oui (sortie d’actif numérique).
Imposition de la cession : calcul prorata sur l’ensemble du portefeuille à la date de la conversion en euros.
Cas 3 : Léa a fait du staking ETH sur Lido en 2025, perçu environ 0,84 ETH de rewards (valeur euro à réception : environ 2 700 euros au cumul).
Déclaration : 2 700 euros en BNC microsimplifiés (régime micro-BNC si total inférieur à 77 700 euros, abattement forfaitaire de 34 %).
Erreurs fiscales fréquentes
- Oublier le 3916-bis (l’erreur n°1)
- Calculer la plus-value par token au lieu du prorata global
- Confondre wallet personnel et compte plateforme (le wallet n’est pas à déclarer en 3916-bis)
- Reporter une moins-value sur l’année suivante (impossible en crypto, contrairement aux PEA/CTO)
- Cocher 2OP par défaut sans calculer (souvent défavorable)
- Ne pas déclarer les rewards de staking
- Penser que les transactions on-chain sont indétectables
FAQ
Dois-je déclarer si je n’ai rien vendu en 2025 ?
Pas de plus-value à déclarer (2086). Mais le 3916-bis reste obligatoire pour chaque plateforme étrangère utilisée, peu importe que vous ayez fait des opérations ou pas.
Quel est le seuil d’imposition ?
Aucun. Toute plus-value crypto est imposable depuis 2023 (le seuil de 305 euros annuels a été supprimé). Une plus-value de 50 euros est techniquement imposable (15 euros de PFU).
Comment déclarer si j’ai des centaines de transactions ?
Utilisez un agrégateur fiscal (Waltio, Koinly, Blockpit). Pas de déclaration ligne par ligne sur le 2086 — vous reportez les totaux annuels.
Les wallets cold (Ledger, Trezor) sont-ils à déclarer ?
Non. Le wallet personnel n’est pas un « compte ouvert auprès d’un tiers ». Seules les plateformes CASP/exchanges sont concernées par le 3916-bis.
Que se passe-t-il en cas de contrôle fiscal ?
L’administration peut demander l’historique complet des transactions. Conservez les CSV de toutes vos plateformes pendant au moins 6 ans (délai de reprise étendu pour les comptes étrangers).
Le PFU est-il toujours plus intéressant que le barème progressif ?
Pas si vous êtes en TMI 0 % ou 11 %. Cocher 2OP devient avantageux. Pour TMI 30 % et au-dessus, le PFU à 30 % est meilleur.
Sources et méthode
- Code général des impôts, articles 150 VH bis, 1649 bis C, 1736 X
- BOFiP-Impôts, BOI-RPPM-PVBMC-30 (mise à jour novembre 2025)
- Directive (UE) 2023/2226 (DAC8), transposition française au 1er janvier 2026
- Décrets d’application (décrets 2019-656 et 2025-XXX)
- Documentation publique Waltio, Koinly, Blockpit (avril 2026)
- Documentation fiscale Coinhouse, Bitpanda, Coinbase
- Cas pratiques anonymisés issus de la pratique de cabinets partenaires d’Investalys
Mention de risque AMF
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. La doctrine fiscale crypto est en évolution constante. Pour tout cas complexe (staking régulier, DeFi, mining, NFT, plus-values importantes), consultez un avocat fiscaliste ou un expert-comptable spécialisé. Les actifs numériques restent des placements à très haut risque : la perte en capital peut être totale. Vérifiez que votre plateforme est enregistrée CASP/PSAN au registre AMF. Investalys.com n’est pas un cabinet de conseil fiscal.