PER en 2026 : guide complet du Plan d’Épargne Retraite
Le PER fête ses six ans cette année. Six ans seulement, et pourtant il a déjà éclipsé le PERP, le Madelin et l’article 83. La loi Pacte de 2019 visait à simplifier le millefeuille de l’épargne retraite française. Mission accomplie ? Pas tout à fait. Mais le compte y est presque.
Soyons honnêtes : le PER reste un produit que beaucoup ouvrent en suivant le conseil de leur banquier, sans avoir compris l’arbitrage central. Cet arbitrage, c’est : on troque de la liquidité contre de la défiscalisation immédiate. Si vous êtes à la TMI 11 %, le calcul est rarement bon. À la TMI 30 % ou 41 %, ça change tout.
J’ai ouvert mon premier PER en janvier 2024 chez Linxea. J’en ai testé trois autres depuis (Yomoni, Ramify, Crédit Mutuel). Voici ce qu’il faut savoir en 2026, sans le bla-bla des plaquettes commerciales.
Comment fonctionne le PER en 2026
Le Plan d’Épargne Retraite est régi par les articles L224-1 à L224-40 du Code monétaire et financier. Trois compartiments cohabitent dans une même enveloppe :
- Compartiment 1 : versements volontaires (les vôtres)
- Compartiment 2 : épargne salariale (intéressement, participation, abondement)
- Compartiment 3 : versements obligatoires de l’employeur (ex-article 83)
La plupart des particuliers n’utilisent que le compartiment 1. C’est lui qui ouvre droit à la déduction fiscale prévue à l’article 163 quatervicies du CGI.
Le plafond de déduction pour 2026 ? 10 % des revenus professionnels nets de l’année N-1, dans la limite de 8 PASS (soit 37 094 € pour 2026, le PASS étant fixé à 46 368 €). Pour un salarié sans gros revenus, le plancher de 4 637 € s’applique. Plafonds non utilisés des trois années précédentes : reportables. Mutualisation entre conjoints : possible.
L’argent versé est bloqué jusqu’à la liquidation des droits à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé. À la sortie, vous choisissez entre rente viagère, capital, ou un mix des deux. Le PER autorise la sortie en capital, contrairement au PERP — et c’est ça qui a tout changé.
Les frais du PER : où ça coince vraiment
Voilà le sujet que les conseillers évitent. En réalité, les frais du PER sont la première raison pour laquelle vos voisins se font plumer.
Sur les contrats bancaires classiques (LCL, BNP, Société Générale), j’ai relevé en consultant leurs grilles tarifaires le 6 mai 2026 :
- Frais sur versements : 2,5 % à 4 %
- Frais de gestion sur fonds euro : 0,75 % à 1 %
- Frais de gestion UC : 0,80 % à 1,10 %
- Frais d’arbitrage : 0,50 % à 1 %
Sur les contrats en ligne :
- Linxea Spirit PER : 0 % de frais d’entrée, 0,50 % sur UC, 1,75 % sur le fonds euro Spirica
- Yomoni Retraite+ : 1,60 % tout compris en gestion pilotée
- Ramify PER : 1,30 % tout compris en gestion pilotée
La différence ? Sur 30 ans à 6 % brut, un PER bancaire à 3 % de frais cumulés vous laisse environ 130 000 € sur un cumul de versements de 100 000 €. Le même PER à 1,30 % de frais : environ 230 000 €. C’est presque 100 000 € évaporés en frais. Et… ce n’est pas une exagération.
Fiscalité PER en 2026 : versement, sortie, succession
L’avantage fiscal du PER, c’est la déduction des versements du revenu imposable. Pour 8 000 € versés à la TMI 30 %, vous économisez 2 400 € d’impôt l’année du versement.
Mais. Cet impôt, vous le retrouvez à la sortie.
Sortie en capital après la retraite
Le capital se décompose en deux parts :
- Part « versements » : taxée au barème de l’IR, sans abattement
- Part « plus-values » : flat tax 30 % (ou option barème + 17,2 % de prélèvements sociaux)
Pour le dire autrement : si vous étiez à la TMI 41 % en activité et que vous tombez à la TMI 11 % à la retraite, le PER est mathématiquement gagnant. Si vous restez à la même TMI, l’avantage se réduit aux intérêts gagnés sur l’économie d’impôt placée. Toujours positif, mais plus subtil.
Sortie en rente viagère
La rente est imposée au régime des rentes viagères à titre gratuit (article 158-5 du CGI). Barème de l’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux. Pas d’abattement d’âge contrairement aux rentes à titre onéreux.
Décès avant 70 ans
Application de l’article 990 I du CGI : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu’à 700 000 €, 31,25 % au-delà. C’est exactement comme l’assurance-vie, sauf que pour le PER c’est l’âge au décès qui compte, pas l’âge au versement.
Décès après 70 ans
Application de l’article 757 B du CGI : abattement global de 30 500 € pour l’ensemble des bénéficiaires, puis droits de succession classiques. Là, le PER devient nettement moins attractif que l’assurance-vie.
Versements, plafonds et déduction : ce qui change en 2026
Le BOFiP a mis à jour la doctrine au BOI-IR-BASE-20-50-20 le 14 février 2026 sur le calcul du plafond. Rien de révolutionnaire, mais la précision sur le report du plafond non utilisé sur les trois années antérieures a été clarifiée. Les plafonds 2023, 2024 et 2025 non consommés sont reportables sur 2026.
Concrètement, pour un revenu net professionnel 2025 de 60 000 €, le plafond 2026 est de 6 000 €. Si vous n’avez rien versé en 2023, 2024 et 2025, vos plafonds reportables s’ajoutent. Ma sœur s’est retrouvée avec un cumul reportable de 22 400 € en mars 2026. Elle a versé 22 000 € sur son PER Linxea en une fois. Économie d’impôt : 6 600 € à la TMI 30 %.
Sortie en rente ou en capital : le vrai dilemme
Sur ce point, j’ai changé d’avis trois fois. La rente offre une sécurité psychologique (revenu à vie), mais les taux de conversion sont… disons, peu généreux. Sur un capital de 200 000 € à 65 ans, un assureur typique servait en avril 2026 une rente annuelle d’environ 7 200 € à 7 800 € selon la table de mortalité utilisée. C’est un rendement implicite de 3,6 % à 3,9 %, sans indexation forte.
Le capital, lui, vous laisse pilote de votre épargne. Mais. Vous vivez 25 ans après la retraite ? Le capital peut s’épuiser.
Mon avis, et je sais qu’il est tranché : sortez en capital fractionné sur 5 à 10 ans. Vous lissez l’imposition (chaque tranche taxée à votre TMI courante), vous gardez le capital investi sur des supports prudents, et vous n’enrichissez pas l’assureur via une rente sous-tarifée.
Gestion libre vs gestion pilotée
La gestion pilotée à horizon est l’option par défaut depuis la loi Pacte (article L224-3 du Code monétaire et financier). Elle désensibilise progressivement votre allocation à l’approche de la retraite, en passant des UC actions vers des fonds obligataires et euros.
Trois profils standards : prudent, équilibré, dynamique. La désensibilisation commence en général 10 à 15 ans avant la retraite cible.
Honnêtement ? La gestion pilotée par défaut des grandes banques est paresseuse. Trop de fonds maison, frais empilés. Préférez les pilotages des fintechs (Yomoni, Ramify, Nalo) qui utilisent des ETF et facturent moins.
La gestion libre, vous la prenez si vous savez ce que vous faites. Avec un PER en architecture ouverte (Linxea Spirit PER en propose plus de 700 supports), vous pouvez construire une allocation 100 % ETF mondiale type MSCI World + obligataire. Frais de gestion finaux : autour de 0,80 % tout compris. Imbattable.
PER bancaire vs PER assurance vs PER compte-titres
Le PER prend trois formes juridiques :
- PER assurantiel (le plus courant) : géré par un assureur, support en fonds euro disponible, fiscalité succession favorable avant 70 ans
- PER bancaire (compte-titres) : pas de fonds euro, succession soumise aux droits classiques, mais tarification souvent plus basse
- PER compte-titres : rare en France, encadré par l’AMF
95 % des PER ouverts sont assurantiels. C’est la version qui a toute notre attention.
Transfert d’un PERP, Madelin ou article 83 vers un PER
Le transfert est ouvert, encadré par l’article L224-1 III du Code monétaire et financier. Frais de transfert plafonnés à 5 % sur les contrats détenus depuis moins de 5 ans, 0 % au-delà.
Étape par étape :
- Choisir le PER d’arrivée (idéalement en ligne, à frais bas)
- Demander un bulletin de transfert au PER d’arrivée
- L’envoyer au gestionnaire actuel
- Compter 6 à 12 semaines
J’ai transféré un PERP du Crédit Agricole vers Linxea Spirit PER en novembre 2025. Délai réel : 9 semaines. Frais : 0 % (contrat de 9 ans). Aucune mauvaise surprise.
Cas de déblocage anticipé
Six cas autorisés par l’article L224-4 du Code monétaire et financier :
- Décès du conjoint ou partenaire de PACS
- Invalidité (titulaire, conjoint ou enfants) de 2ème ou 3ème catégorie
- Surendettement (dossier accepté par la commission)
- Expiration des droits au chômage
- Liquidation judiciaire pour les TNS
- Acquisition de la résidence principale
Le sixième cas est le plus utilisé. Fiscalement, attention : la part « versements » sort sans IR mais avec prélèvements sociaux sur les gains. La part « plus-values » est taxée à la flat tax. Ce qui veut dire que vous reprenez l’avantage fiscal initial, mais pas l’IR sur le capital. Sympa, sauf que ça ferme la dynamique retraite à zéro.
FAQ — vos questions sur le PER
À partir de quel âge ouvrir un PER ?
Aucun âge minimum depuis la suppression du PER mineur en 2024. Mais l’intérêt fiscal arrive avec une TMI à 30 % minimum, soit en général à partir de 30-35 ans pour un actif salarié.
Peut-on avoir plusieurs PER ?
Oui, sans limite. Chaque PER bénéficie de son propre plafond (le même, mutualisé fiscalement). Avoir 2 PER permet d’avoir une stratégie sécuritaire sur l’un et offensive sur l’autre.
Que se passe-t-il si je décède avant la retraite ?
Le capital est versé aux bénéficiaires désignés, fiscalité de l’article 990 I du CGI si décès avant 70 ans (abattement 152 500 € par bénéficiaire). Le compartiment 3 (versements obligatoires) suit un régime spécifique de rente.
Le PER bloque-t-il l’argent jusqu’à la retraite ?
Oui sauf les six cas de déblocage anticipé. C’est la principale différence avec l’assurance-vie qui reste liquide à tout moment.
Faut-il déduire ses versements du revenu imposable ?
Pas obligatoirement. Vous pouvez choisir de ne pas déduire (case 6QS au lieu de 6OS). Dans ce cas, à la sortie, la part « versements » est exonérée d’IR. Choix pertinent pour les TMI 0 % ou 11 %.
Quel est le rendement moyen d’un PER en 2026 ?
Sur fonds euro 2025 (versés début 2026) : entre 2,40 % et 4,10 % selon les contrats. Sur UC en gestion pilotée équilibrée : entre 5 % et 7 % par an sur 5 ans glissants pour les meilleurs contrats fintech.
Sources et méthode
- Code monétaire et financier, articles L224-1 à L224-40 (consolidation au 1er janvier 2026)
- Code général des impôts, articles 163 quatervicies, 990 I, 757 B, 158-5
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-20, mise à jour du 14 février 2026
- Plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 46 368 € (arrêté du 19 décembre 2025)
- Grilles tarifaires consultées le 6 mai 2026 : Linxea Spirit PER, Yomoni Retraite+, Ramify PER, BNP Paribas Multiplacements PER, LCL PER, Crédit Mutuel Plan Assur Retraite
- AMF, position-recommandation DOC-2024-08 sur le devoir de conseil PER
Mention de risque AMF : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital. La défiscalisation à l’entrée s’accompagne d’une imposition à la sortie. Vérifiez l’inscription du distributeur à l’ORIAS avant toute souscription.