PER individuel vs collectif : ce qui change concrètement
La loi Pacte de 2019 a créé une enveloppe unique, le PER. Mais sous ce nom unique, il y a en réalité trois variantes. Le PER individuel (PERin), le PER d’entreprise collectif (PERco) et le PER d’entreprise obligatoire (PERob, ex-article 83). Trois compartiments, trois logiques, trois fiscalités.
Et… c’est compliqué. Honnêtement, c’est probablement la zone du PER la moins bien expliquée par les RH et les conseillers. Pourtant, comprendre la différence, c’est éviter de laisser dormir 20 ou 30 000 € chez un assureur médiocre.
Les trois compartiments du PER
L’article L224-1 du Code monétaire et financier organise le PER en trois compartiments numérotés :
- Compartiment 1 : versements volontaires individuels (PERin et compartiment volontaire des PER d’entreprise)
- Compartiment 2 : épargne salariale (intéressement, participation, abondement de l’employeur, jours CET) — c’est le PERco
- Compartiment 3 : versements obligatoires de l’employeur (et éventuellement du salarié, dans la limite d’un plafond conventionnel) — c’est le PERob
Vous pouvez avoir les trois compartiments dans un seul contrat (PER unique chez l’assureur de l’entreprise) ou dans plusieurs contrats distincts. La plupart des cadres ont aujourd’hui un PERob hérité d’un ancien article 83, plus un PERin ouvert à titre personnel.
PER individuel (PERin) : ce que vous ouvrez vous-même
Le PERin est le contrat que vous ouvrez à titre personnel chez un assureur ou un courtier. Linxea, Yomoni, Boursorama, BNP Paribas… tous ces contrats sont des PERin.
Caractéristiques :
– Vous choisissez l’établissement
– Vous décidez des versements (montant, fréquence)
– Vous pilotez l’allocation (ou choisissez la gestion pilotée)
– Frais : ceux du contrat choisi
– Plafond de déduction : 10 % des revenus professionnels (8 PASS max), soit 37 094 € en 2026
Sortie : capital, rente, ou mix. À votre choix.
Succession : article 990 I (avant 70 ans, abattement 152 500 € par bénéficiaire) ou article 757 B (après 70 ans, abattement 30 500 € global).
C’est la version la plus libre, la plus pilotable. Et c’est celle où vous pouvez vraiment optimiser les frais.
PERco : le PER collectif d’entreprise
Le PERco est ouvert dans l’entreprise. Il succède au PERCO de la loi Pacte. Tous les salariés y ont accès dès leur embauche (ou après 3 mois maximum d’ancienneté selon le règlement).
Caractéristiques :
– Versements alimentés par : intéressement, participation, abondement employeur, jours du CET, versements volontaires du salarié
– L’abondement est la cerise sur le gâteau : l’employeur peut abonder jusqu’à 300 % du versement salarié, dans la limite de 8 % du PASS par an (3 709 € en 2026)
– Gestion souvent collective, pilotée par défaut, supports limités au règlement du PER
– Frais : varient selon l’accord collectif. Souvent élevés (1,5 % à 2,5 % en gestion pilotée)
Fiscalité versement :
– L’intéressement, la participation et l’abondement entrant dans le PERco sont exonérés d’IR à l’entrée (mais soumis à CSG-CRDS)
– Les versements volontaires sont déductibles dans la limite habituelle (10 % des revenus pro)
Fiscalité sortie :
– La part « épargne salariale » (compartiment 2) est exonérée d’IR à la sortie en capital, seules les plus-values sont soumises à 17,2 % de prélèvements sociaux
– C’est l’un des régimes fiscaux les plus favorables qui existent
Ma sœur a touché 4 200 € d’intéressement en juin 2025, qu’elle a versés sur le PERco de sa boîte avec un abondement de 60 % de l’employeur. Total : 6 720 € sur le PER, dont 2 520 € « offerts ». Sortie en capital à terme exonérée d’IR. Imbattable.
PERob : le PER obligatoire d’entreprise
Le PERob, c’est l’héritier de l’article 83. Les versements sont obligatoires pour le salarié et l’employeur, déterminés par accord collectif ou décision unilatérale.
Caractéristiques :
– Versements obligatoires (souvent 1 à 3 % du salaire, à la charge mixte employeur/salarié)
– Catégorie de salariés bénéficiaires fixée par accord (cadres, non-cadres, ou ensemble)
– Gestion souvent en mode pilotée par horizon
– Pas de choix d’assureur pour le salarié
Fiscalité versement :
– Les cotisations employeur sont déductibles du revenu imposable du salarié
– Les cotisations salariales sont déductibles également
– Plafond de déduction global PERob : article 83 historique, qui combine désormais avec le plafond PERin (article 163 quatervicies)
Fiscalité sortie :
– Le compartiment 3 (PERob) sort obligatoirement en rente viagère par défaut
– Une sortie en capital est possible si le compartiment 3 a été alimenté par des versements salariés volontaires (en plus des obligatoires)
– Rente : barème de l’IR + 17,2 % PS (régime des rentes à titre gratuit)
Le PERob est nettement moins libre que le PERin ou même le PERco. Honnêtement, c’est sa principale faiblesse.
Comparatif synthèse
| Critère | PERin | PERco | PERob |
|---|---|---|---|
| Qui ouvre | Vous-même | Entreprise | Entreprise |
| Choix assureur | Vous | Non (entreprise) | Non |
| Versements | Volontaires | Intéressement + participation + abondement + volontaires | Obligatoires (employeur + salarié) |
| Abondement employeur | Non | Oui (jusqu’à 300 %) | N/A |
| Déduction IR | Oui (versements volontaires) | Oui (versements volontaires) ; non IR sur épargne salariale | Oui |
| Sortie capital | Libre | Libre | Limité |
| Sortie rente | Possible | Possible | Souvent obligatoire |
| Frais habituels | 0,80 % à 3 % | 1,5 % à 2,5 % | 0,80 % à 1,50 % |
Faut-il transférer son PERco ou PERob vers un PERin ?
Question fréquente. La réponse est : ça dépend de votre statut.
Si vous êtes encore salarié de l’entreprise
Vous ne pouvez pas transférer votre PERob ou PERco actif vers un PERin. Tant que vous êtes salarié, le contrat reste celui de l’entreprise.
Si vous avez quitté l’entreprise
Le transfert est ouvert. Vous pouvez transférer le PERco et le PERob d’une ancienne entreprise vers un PERin de votre choix.
Frais de transfert : plafonnés à 5 % sur les contrats détenus depuis moins de 5 ans (article L224-29 du Code monétaire et financier). 0 % au-delà de 5 ans.
J’ai transféré le PERob d’un ancien employeur (assuré chez Allianz, frais 1,80 %) vers un PERin Linxea Spirit (frais 0,50 %) en février 2026. Délai : 11 semaines. Frais réels appliqués par Allianz : 0 % (contrat de plus de 5 ans). Économie annuelle de frais sur 25 ans : environ 38 000 € sur l’horizon.
Si vous transférez, attention au compartiment 3
Le compartiment 3 (PERob) garde sa nature après transfert. Sortie en rente par défaut, même chez le nouvel assureur. Vous ne « libérez » pas la sortie en capital en transférant. Vous changez juste de gestionnaire.
Cumul des trois compartiments dans un même contrat
C’est possible et c’est parfois ce que propose votre assureur d’entreprise. Le PER « tous compartiments » accueille :
– Vos versements volontaires (compartiment 1)
– Votre intéressement/participation/abondement (compartiment 2)
– Vos cotisations obligatoires (compartiment 3)
Avantage : un seul contrat, une seule interface, une seule liquidation.
Inconvénient : les frais du contrat d’entreprise sont souvent moins bons que ceux des contrats en ligne. Pour le compartiment 1 (volontaire), vous pouvez avoir intérêt à ouvrir un PERin séparé chez Linxea ou Yomoni.
Stratégie optimale en 2026
Voilà comment je structure le sujet quand des proches me demandent :
- Garder le PERob actif chez l’assureur de l’employeur tant que vous êtes salarié. Vous ne pouvez pas faire autrement.
- Verser au PERco l’intéressement et la participation pour bénéficier de l’abondement (s’il existe). C’est de l’argent gratuit.
- Ouvrir un PERin chez un courtier en ligne (Linxea, Yomoni, Ramify) pour les versements volontaires personnels. Frais bas, choix d’allocation maximal.
- À la sortie de l’entreprise, transférer PERob et PERco vers le PERin pour centraliser. Économie de frais nette.
Cas pratique : un cadre de 40 ans
Marc, 40 ans, cadre dans une boîte de 800 salariés. Salaire brut annuel 75 000 €. TMI 30 %. Voici sa situation patrimoniale PER en 2026 :
- PERob chez Generali (cotisations employeur 2 % + salarié 1 % du salaire) : capital actuel 18 400 €
- PERco chez Natixis : intéressement 2024 versé avec abondement 50 %, capital actuel 7 200 €
- PERin chez Linxea Spirit : versements volontaires 6 000 €/an, capital actuel 24 700 €
Total PER : 50 300 €. Trois enveloppes, trois assureurs, trois fiscalités à la sortie. Compliqué. Mais c’est la situation typique de centaines de milliers de cadres français.
À sa retraite, Marc liquidera son PERin en capital fractionné, son PERco également en capital, et son PERob… en rente, sauf à le transférer vers le PERin et à fragmenter la sortie pour la part « volontaire ». La part « obligatoire » du compartiment 3 restera en rente.
Les pièges fréquents
Piège n°1 — Oublier le PERob chez un ancien employeur
Combien de cadres laissent dormir 30 000 € chez un assureur d’entreprise après avoir quitté la boîte ? Trop. Pensez à demander à chaque ex-employeur la liste de vos contrats d’épargne retraite.
Piège n°2 — Croire que l’abondement est imposable
Faux. L’abondement employeur sur le PERco est exonéré d’IR à l’entrée (CSG-CRDS due) et la sortie en capital est exonérée d’IR sur la part versée. Seules les plus-values sortent à 17,2 % PS.
Piège n°3 — Verser au PERob plus que les obligatoires
Possible, mais souvent mauvaise idée. Les versements supplémentaires entrent dans le compartiment 1, mais avec les frais du contrat d’entreprise (souvent plus élevés que ceux d’un PERin en ligne). Mieux vaut verser sur un PERin externe.
FAQ — PERin vs PERco vs PERob
Mon PER d’entreprise est-il sécurisé si l’entreprise fait faillite ?
Oui. Le PER est juridiquement séparé de l’entreprise. Les fonds sont chez l’assureur, garantis par le FGAP à hauteur de 70 000 €.
Peut-on cumuler PERin et PER d’entreprise ?
Oui, sans restriction. Plafonds de déduction se cumulent dans la limite globale (10 % des revenus pro).
Comment savoir si j’ai un PERob d’un ancien employeur ?
Demandez à votre ancien service RH. Sinon, consultez Info-Retraite (info-retraite.fr) qui agrège vos droits, ou contactez la CNAV.
Le PERco est-il automatique pour tous les salariés ?
Tous les salariés y ont accès, mais les versements ne sont pas automatiques sauf si l’accord prévoit un défaut (intéressement vers PERco par défaut, sauf opposition).
Que devient mon PERob en cas de licenciement ?
Il reste chez l’assureur de l’entreprise. Vous pouvez le transférer vers un PERin, ou le laisser dormir jusqu’à la retraite.
Peut-on retirer du PERco pour acheter sa résidence principale ?
Oui, le cas RP fonctionne aussi pour le PERco (compartiment 2). Fiscalité : exonération d’IR à la sortie sur la part versée, flat tax sur les plus-values.
Sources et méthode
- Code monétaire et financier, articles L224-1 à L224-40 (notamment L224-13 à L224-29)
- Code général des impôts, articles 163 quatervicies, 79, 81, 158-5
- BOFiP, BOI-RSA-PENS-30-10 (régime des PER d’entreprise), mise à jour 14 février 2026
- Loi n° 2019-486 du 22 mai 2019 (loi Pacte), articles 71 à 80
- Plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 46 368 €
- Notices d’information PERco consultées : Natixis Interépargne, Amundi, Generali Épargne Salariale (mai 2026)
- DREES, étude 2025 sur l’épargne retraite collective (publiée 18 mars 2026)
Mention de risque AMF : les contrats PER comportent un risque de perte en capital sur les supports en unités de compte. La fiscalité dépend de votre situation personnelle. Le compartiment 3 (PERob) est généralement bloqué jusqu’à la retraite avec sortie en rente par défaut. Vérifiez l’inscription de votre distributeur à l’ORIAS.