Quel courtier pour les expatriés français ?
Par Miguel Marie-Magdelaine, fondateur d’Investalys — Publié le 5 mai 2026
Tous les ans, environ 250 000 Français quittent la France pour s’installer à l’étranger selon le Quai d’Orsay. Une partie revient, une partie reste. Et la quasi-totalité se pose la même question : que faire de mon PEA ? puis-je continuer à investir depuis Londres, New York, Singapour, Lisbonne, Berlin ? quel courtier accepte un compte sans résidence fiscale française ?
Cet article est conçu pour cette niche. Elle est petite numériquement, mais à très haute intention de recherche — et largement mal servie par les comparatifs grand public. Je l’écris en m’appuyant sur les retours de la communauté Investalys (une vingtaine d’expatriés actifs sur le forum en 2025-2026), sur la documentation officielle de la DGFiP non-résidents, et sur les conditions générales des courtiers consultées en avril 2026. Si votre situation est complexe, consultez un avocat fiscaliste agréé — cet article est une vue d’ensemble, pas un conseil personnalisé.
Sommaire
- Le statut de résidence fiscale change tout
- Que devient mon PEA quand je m’expatrie ?
- Les courtiers acceptant les non-résidents
- Fiscalité au pays d’accueil : 4 cas concrets
- Reporting et conformité : le casse-tête
- Alternatives : assurance-vie luxembourgeoise
- Recommandations selon profil
- À retenir
Le statut de résidence fiscale change tout
La règle française est codifiée à l’article 4 B du Code général des impôts. Vous êtes résident fiscal français si l’un des critères suivants est rempli : foyer ou lieu de séjour principal en France ; activité professionnelle principale en France ; centre des intérêts économiques en France.
Si vous quittez la France et coupez ces liens, vous devenez non-résident fiscal. Conséquences :
- Vos revenus de source française restent imposés en France (revenus locatifs, dividendes français), mais selon des règles spéciales.
- Vos plus-values mobilières françaises ne sont, en règle générale, plus imposées en France pour un non-résident, sauf cas particuliers (participation substantielle dans une société française).
- L’éligibilité à certaines enveloppes fiscales est compromise.
Important : votre statut auprès de votre courtier français doit être mis à jour. Cacher son expatriation à son courtier est une fraude — pas seulement administrative.
Que devient mon PEA quand je m’expatrie ?
C’est la question numéro un que je reçois.
Bonne nouvelle : depuis la loi PACTE de 2019, partir s’installer à l’étranger ne clôture plus automatiquement le PEA — sauf si vous vous installez dans un État ou territoire non coopératif (ETNC) au sens de l’article 238-0 A du CGI.
Mauvaise nouvelle : vous ne pouvez plus alimenter votre PEA en versements supplémentaires une fois non-résident. Il devient un « PEA gelé » — vous pouvez le conserver, vendre des titres, racheter, mais pas verser au-delà du plafond déjà atteint. Selon la doctrine fiscale BOI-RPPM-RCM-40-50, les versements pendant la période de non-résidence ne sont pas autorisés.
Pratique courante : conservez votre PEA, conservez les titres, regardez-les capitaliser. À votre retour en France, vous pourrez à nouveau abonder.
Le PEA-PME suit la même logique.
Si vous partez pour un ETNC (liste publiée par arrêté, à jour en 2026 : Anguilla, Bahamas, BVI, Fidji, Guam, Îles Vierges américaines, Palaos, Panama, Samoa, Samoa américaines, Seychelles, Trinité-et-Tobago, Vanuatu), votre PEA est clôturé d’office.
Prise de position. Si vous projetez une expatriation longue (5+ ans) hors UE, abondez votre PEA jusqu’au plafond avant le départ. Vous capitaliserez à fiscalité PEA pendant toute votre absence, et conserverez l’antériorité fiscale.
Les courtiers acceptant les non-résidents
Tous les courtiers ne traitent pas la même clientèle. Certains exigent une résidence fiscale française, d’autres acceptent une large variété de juridictions, d’autres encore sont très restrictifs (notamment quand le client devient résident fiscal américain).
Courtiers acceptant largement les non-résidents européens :
– DEGIRO (BaFin) — accepte la plupart des résidents UE/EEE, hors US
– Saxo Banque — accepte une cinquantaine de juridictions selon leur entité (Saxo a des entités au Danemark, France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Singapour)
– Interactive Brokers — entité Hongroise pour les résidents UE, entité UK pour les résidents UK, entité US pour les résidents US. Couverture mondiale la plus large
– Trade Republic — accepte les résidents UE/EEE et certains pays tiers
– Scalable Capital — résidents UE/EEE
– Lightyear — UE/EEE et certains pays tiers
Courtiers français qui peuvent maintenir un compte de non-résident :
– BoursoBank, Fortuneo, Bourse Direct, BforBank : ouverture de compte par un non-résident est plus restrictive. Le maintien d’un compte existant après expatriation est généralement possible si vous mettez à jour votre statut, mais ils peuvent refuser certaines opérations selon le pays de résidence (notamment les US à cause de FATCA et la conformité IRS pesante).
Difficulté américaine : si vous devenez résident fiscal américain, la plupart des courtiers européens ferment ou restreignent votre compte à cause des obligations FATCA. Interactive Brokers et Charles Schwab International restent les options pratiques.
Difficulté britannique post-Brexit : depuis 2021, plusieurs courtiers européens ne peuvent plus servir de clients résidents UK sans entité locale. Lightyear (qui a une entité UK) et Saxo UK restent ouverts. DEGIRO a réduit son offre UK depuis 2021.
Fiscalité au pays d’accueil : 4 cas concrets
La fiscalité de vos plus-values dépend de votre nouvelle résidence. Quatre cas fréquents.
Cas 1 : Royaume-Uni. Le UK applique le Capital Gains Tax (CGT) avec un abattement annuel de £3,000 en 2025-2026 (réduit progressivement depuis 2023). Au-delà, taux de 18 % à 24 % selon votre tranche d’imposition globale. Convention fiscale France-UK signée en 2008 prévoit l’imposition au lieu de résidence. Votre PEA français reste un compte à l’étranger à déclarer au HMRC (Self Assessment).
Cas 2 : Allemagne. Abgeltungsteuer de 25 % + Solidaritätszuschlag de 5,5 % sur l’impôt + éventuelle Kirchensteuer. Total environ 26,375 % à 27,99 % selon religion. Convention fiscale France-Allemagne. Reporting des comptes français via formulaire spécifique.
Cas 3 : Portugal. Statut de résident non-habituel (RNH), réformé en 2024. Le nouveau régime « IFICI » introduit depuis 2024 cible les profils techniques et scientifiques. Pour les expatriés dans le régime classique : impôt portugais sur revenus mondiaux. Plus-values mobilières taxées à 28 % en règle générale.
Cas 4 : États-Unis. Le pays de la double obligation. Si vous obtenez la résidence fiscale US (passez le substantial presence test ou détenez une green card), vous devenez « US person » pour l’IRS. Imposition mondiale, déclaration FBAR pour les comptes français > $10,000, formulaire 8938 si seuils dépassés, et complications majeures sur les fonds non-US (PFIC rules sur les ETF UCITS européens — fiscalité dégradée pouvant dépasser 40 %). Si vous êtes amené à devenir résident fiscal US, transférez vers IBKR US et investissez en ETF US, point.
Reporting et conformité : le casse-tête
Quand vous êtes expatrié, vous devez déclarer dans deux pays minimum.
Côté France (si vous gardez des comptes français) : si vous êtes encore résident fiscal français pour une partie de l’année, vous remplissez votre 2042 normalement. Si vous êtes devenu non-résident, vous remplissez la 2042 NR. Vos comptes à l’étranger restent à déclarer via 3916-bis si vous avez encore un domicile fiscal français.
Côté pays d’accueil : déclaration des comptes à l’étranger systématique, formulaire variant selon le pays. UK : Self Assessment, mention des comptes étrangers. Allemagne : annexe spéciale. US : FBAR (FinCEN 114) + formulaire 8938 IRS. Portugal : declaração modelo 3.
CRS (Common Reporting Standard) : depuis 2017, plus de 100 pays échangent automatiquement les informations sur les comptes financiers de leurs résidents respectifs. Votre courtier français transmet vos informations au pays de votre nouvelle résidence fiscale. Cacher est de plus en plus difficile, et désormais inutilement risqué.
Anecdote concrète. Un lecteur d’Investalys, ingénieur expatrié à Berlin depuis 2022, m’a écrit en janvier 2026 : il n’avait pas mis à jour son adresse chez Bourse Direct et continuait à recevoir son IFU à son ancienne adresse parisienne. Le fisc allemand l’a contacté trois ans plus tard via CRS. Régularisation possible, mais pénalités de retard et longueur. Mettez à jour votre statut auprès de votre courtier dès l’expatriation effective.
Alternatives : assurance-vie luxembourgeoise
Évoquée brièvement parce qu’elle dépasse le périmètre courtiers en ligne, mais essentielle à connaître.
L’assurance-vie luxembourgeoise (AV LU) est portable. Elle suit l’expatrié dans 50+ pays, avec une fiscalité qui s’adapte au pays de résidence. Le triangle de sécurité luxembourgeois (séparation actifs assurés / actifs assureur, dépositaire indépendant) offre une protection souvent supérieure à l’AV française.
Acteurs : Lombard International, OneLife, Sogelife, Wealins, La Mondiale Europartner. Tickets d’entrée généralement 125 000 € à 250 000 €.
C’est l’enveloppe naturelle des Français à patrimoine élevé qui partent à l’étranger. Pour des patrimoines plus modestes, le CTO chez DEGIRO ou IBKR reste plus simple.
Recommandations selon profil
Expatrié UE court terme (< 5 ans), patrimoine < 100 k€
– Conservez votre PEA en gel
– Ouvrez un CTO chez Trade Republic, Scalable, ou DEGIRO selon le pays
– DCA sur ETF World UCITS, fiscalité gérée par votre nouveau pays
– À votre retour, reprenez les versements sur PEA
Expatrié UE long terme (> 5 ans), patrimoine 100-500 k€
– PEA en gel
– CTO chez Saxo (succursale du pays) ou DEGIRO
– Considérez l’AV luxembourgeoise pour la portabilité
Expatrié US
– PEA potentiellement à clôturer ou à conserver gelé selon votre situation (consulter un fiscaliste)
– IBKR US obligatoire dès résidence fiscale US
– Investissez en ETF US (VTI, VOO, etc.), pas en UCITS européens (PFIC)
– AV luxembourgeoise compatible US selon clauses spéciales
Expatrié UK post-Brexit
– Lightyear (entité UK) ou Saxo UK
– Trade Republic n’opère pas en UK
– Conservez votre PEA en gel, déclaration HMRC
Expatrié Asie (Singapour, Hong Kong)
– Saxo (entité Singapour) ou IBKR
– Fiscalité des plus-values souvent nulle à Singapour (territorial taxation)
– Reporting en France si maintien de comptes français
À retenir.
– Votre résidence fiscale détermine tout : courtier accessible, fiscalité, reporting.
– Le PEA n’est plus clôturé en cas d’expatriation hors ETNC depuis la loi PACTE 2019.
– Vous ne pouvez plus l’abonder pendant l’expatriation.
– DEGIRO, Saxo, IBKR sont les courtiers les plus accessibles aux non-résidents.
– L’expatriation US est un cas particulier avec règles PFIC et FATCA.
– Mettez à jour votre statut chez votre courtier dès l’expatriation effective.
Synthèse
Être expatrié français investisseur, c’est jongler entre deux fiscalités, deux administrations, et un univers de courtiers plus étroit. La bonne nouvelle, c’est que la loi PACTE de 2019 a considérablement simplifié le sort du PEA. La moins bonne, c’est que la conformité reporting reste lourde — surtout pour les expatriés US.
Ma recommandation tient en trois lignes. Ne fermez pas votre PEA en partant ; gelez-le. Ouvrez un CTO chez un courtier compatible avec votre nouvelle résidence (Trade Republic, DEGIRO, Saxo, IBKR selon profil). Et déclarez tout, dans les deux pays — le CRS rend les omissions coûteuses, et l’administration fiscale française dispose désormais d’informations qu’elle n’avait pas avant 2017.
Pour les patrimoines significatifs, l’AV luxembourgeoise reste un véhicule mature, portable, et fiscalement adaptable. Mais ce n’est plus du courtage en ligne au sens strict.
Sources
- DGFiP, services aux non-résidents : impots.gouv.fr/international-particulier
- BOFIP, BOI-RPPM-RCM-40-50 (PEA et expatriation)
- Article 4 B du Code général des impôts (résidence fiscale)
- Loi PACTE n° 2019-486 du 22 mai 2019
- Liste ETNC, arrêté 2026 (publié au JO)
- DEGIRO, conditions générales : degiro.fr
- Saxo Banque, conditions internationales : home.saxo
- Interactive Brokers, entité Hongrie pour clients UE : interactivebrokers.eu
- OECD, Common Reporting Standard : oecd.org/tax/automatic-exchange
Mention de risque. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. La fiscalité internationale est complexe et varie selon les conventions fiscales bilatérales ; consultez un avocat fiscaliste ou un conseiller en gestion de patrimoine spécialisé en mobilité internationale avant toute décision.
Cet article est à visée informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investalys n’est pas un Conseiller en Investissement Financier (CIF) enregistré ORIAS. Pour un conseil personnalisé, consultez un professionnel agréé. Source : Autorité des Marchés Financiers (AMF), amf-france.org