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PEA vs Compte-Titres : quel courtier pour chaque enveloppe ?

Par Miguel Marie-Magdelaine, fondateur d’Investalys — Publié le 5 mai 2026

Le débat est mal posé. Ce n’est pas « PEA ou CTO ». C’est « PEA d’abord, CTO en complément quand le PEA ne suffit plus, ou pour ce qu’il ne couvre pas ». Et ce n’est pas qu’une histoire d’enveloppe — c’est aussi une histoire de courtier, parce que tous les courtiers ne proposent pas le PEA.

Cet article démêle les deux dimensions. La fiscalité d’abord (différentiel net après 5 ans, 10 ans, 20 ans). Le choix du courtier ensuite (qui propose quoi en mai 2026). Une simulation chiffrée pour incarner. Et la procédure de transfert, parce qu’elle est plus contraignante que les courtiers ne l’avouent.

Sommaire

Différences fiscales : le tableau qui change tout

Le PEA, créé par la loi du 16 juillet 1992, prévoit une exonération d’impôt sur le revenu pour les plus-values et dividendes — sous condition de détention 5 ans, sans retrait avant terme. Seuls les prélèvements sociaux restent dus, à 17,2 % en 2026 (CSG, CRDS, prélèvement de solidarité).

Le CTO, lui, est soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % introduit par la loi de finances 2018, soit 12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux. Option pour le barème progressif possible mais rarement avantageuse au-delà de la tranche à 11 %.

Paramètre PEA (après 5 ans) CTO (PFU)
Impôt sur le revenu plus-values 0 % 12,8 %
Prélèvements sociaux 17,2 % 17,2 %
Total 17,2 % 30 %
Plafond versements 150 000 € Aucun
Plafond capitalisé Aucun Aucun
Univers d’investissement Actions UE/EEE + ETF éligibles Mondial
Retraits avant 5 ans Clôture, fiscalité dégradée Libres

Sur 30 % de plus-value globale d’un portefeuille à 100 000 €, l’écart fiscal absolu est de 3 840 € (12,8 % d’IR évité sur 30 000 €). Sur 150 000 € investis et 200 % de gain (objectif réaliste sur 20 ans à 5,7 % annualisé), c’est plus de 38 000 € d’économie.

Plafonds, éligibilité, contraintes

Le PEA est plafonné à 150 000 € de versements (300 000 € pour un couple marié/pacsé avec deux PEA). Les plus-values capitalisées ne sont pas comptabilisées dans ce plafond — votre PEA peut atteindre 500 000 € de valeur après 20 ans avec 150 000 € versés.

Le PEA-PME, complémentaire, plafonne à 225 000 € de versements et cible les ETI/PME européennes. La somme des deux PEA ne peut dépasser 225 000 € par personne.

Éligibilité PEA : actions cotées dans l’UE ou l’EEE, OPCVM (fonds, ETF) éligibles avec 75 % minimum d’actifs UE/EEE. Cela inclut, en pratique, des ETF synthétiques répliquant le S&P 500 ou le MSCI World — Amundi PE500, Lyxor MSCI World UCITS, etc.

Le CTO n’a aucune contrainte. Actions japonaises, ETF émergents, obligations d’État américaines, REIT singapouriens — tout passe.

Prise de position. Le PEA reste l’enveloppe la plus efficiente fiscalement pour un résident fiscal français. Le débat « faut-il privilégier l’AV plutôt que le PEA » ressort souvent dans les podcasts patrimoniaux ; pour la composante actions long terme, le PEA gagne sur la quasi-totalité des paramètres.

Courtiers proposant le PEA

En mai 2026, voici les courtiers en ligne accessibles aux particuliers français qui proposent le PEA, avec leurs spécificités tarifaires.

BoursoBank. PEA disponible. Frais d’ordre profil découverte : 0,99 € à 1,99 € selon tranche. Tenue de compte 0 €. Plan d’épargne ETF programmé sur PEA depuis 2022. Ergonomie intégrée à l’app bancaire. Selon les conditions tarifaires de BoursoBank au 1er avril 2026, l’ordre découverte couvre les ordres jusqu’à 500 €.

Fortuneo. PEA disponible. Frais à partir de 1,95 € l’ordre selon profil. Pas de droits de garde. Possibilité d’investir en titres vifs et ETF.

Bourse Direct. PEA disponible. Tarif 0,99 € l’ordre PEA jusqu’à 500 €, 1,90 € jusqu’à 1 000 €, puis 3,80 €. C’est l’un des meilleurs ratios courtage/PEA du marché français.

BforBank. PEA disponible. Tarification refondue en 2023. Adapté à un public premium, frais de 2,50 € à 9,90 € selon profil et volume.

Saxo Banque. Saxo dispose d’une succursale française agréée par l’ACPR depuis 2018, qui propose un PEA. Tarifs orientés investisseurs avancés/internationaux. Frais à partir de 2 € pour les ordres petits, structure progressive.

Boursorama Pro / banques en ligne traditionnelles. ING (qui a fermé sa banque retail française en 2022), Hello Bank, Monabanq : certaines proposent un PEA mais avec des frais souvent moins compétitifs.

Banques traditionnelles en réseau. Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale : PEA disponible, mais frais souvent dissuasifs (0,5 % par ordre, droits de garde annuels). À fuir pour un investisseur autonome.

Courtiers PEA exclus

Aucun de ces acteurs ne propose le PEA aux résidents français. C’est structurel.

Trade Republic. Néobroker BaFin allemand. Pas de PEA. Compte-titres uniquement (Verrechnungskonto en allemand).

Scalable Capital. BaFin également. Pas de PEA.

DEGIRO. Néerlandais, BaFin via flatexDEGIRO. Pas de PEA.

Lightyear. Estonien/UK. Pas de PEA.

Trading 212. Bulgare/UK. Pas de PEA.

Interactive Brokers. Compte-titres uniquement.

Robinhood. N’opère pas en France à ce jour.

Si vous ouvrez un compte chez l’un de ces courtiers en tant que résident fiscal français, vous serez en CTO automatiquement — avec PFU 30 % à la sortie, et déclaration manuelle obligatoire (formulaire 3916-bis pour comptes à l’étranger).

Simulation : 50 000 € sur 20 ans

Hypothèses : versement initial unique 50 000 €, ETF MSCI World, performance brute annualisée 6 % (proche de la moyenne historique 1990-2024 selon les données MSCI), dividendes réinvestis, frais de gestion ETF 0,2 %. Frais de courtage négligés (1 ordre).

Capital final brut après 20 ans : 50 000 × (1,058)^20 ≈ 153 800 €. Plus-value : 103 800 €.

Si PEA (après 5 ans, soit cas de figure normal sur 20 ans) :
– Plus-value imposable : 103 800 €
– Prélèvements sociaux 17,2 % : 17 854 €
– Net pour vous : 135 946 €

Si CTO (PFU 30 %) :
– Plus-value imposable : 103 800 €
– PFU 30 % : 31 140 €
– Net pour vous : 122 660 €

Différence : 13 286 € au profit du PEA, pour un investissement initial unique de 50 000 €. Sur un DCA mensuel ou des sommes plus importantes, l’écart se creuse. Sur 150 000 € versés au plafond PEA et un horizon de 25 ans, l’économie fiscale dépasse souvent 60 000 € selon les hypothèses retenues.

Cette simulation ne tient pas compte des éventuelles plus-values latentes en cas de retrait, ni des frais de courtage. Les résultats varient selon le scénario boursier réel ; la performance moyenne pourrait être de 4 % comme de 8 % selon les décennies.

Transfert PEA d’un courtier à l’autre

Vous pouvez transférer votre PEA d’un courtier à un autre sans clôturer l’enveloppe — l’antériorité fiscale est conservée. C’est inscrit dans le Code monétaire et financier, article L221-32-1.

En pratique, c’est une procédure lente et un peu pénible.

Étape 1. Ouvrez votre nouveau PEA chez le courtier d’arrivée.

Étape 2. Demandez le transfert auprès de votre nouveau courtier (formulaire dédié, signature électronique généralement). Il contacte votre ancien courtier.

Étape 3. Votre ancien courtier prélève des frais de transfert. Ils sont plafonnés par décret (décret n° 2020-95 du 5 février 2020) à 15 € par ligne de titres détenus, dans la limite de 150 € par PEA. C’est officiellement le plafond ; certains courtiers facturent moins, certains au plafond exact.

Étape 4. Le transfert dure entre 4 et 12 semaines selon les courtiers. Pendant cette période, vos titres sont gelés — vous ne pouvez plus arbitrer.

Conseil pratique. Si vous transférez un PEA contenant 20 lignes différentes (titres vifs + ETF), votre facture sera 20 × 15 = 300 € plafonnée à 150 €. Si vous avez 5 lignes, ce sera 75 €. Réduire le nombre de lignes avant transfert peut faire sens — surtout si vous projetez de tout passer en ETF ensuite. Discussion à avoir avec votre courtier d’arrivée, certains remboursent les frais de transfert sous conditions.

Ma stratégie d’enveloppes en 2026

Voici la séquence que je recommande aux lecteurs d’Investalys depuis 2022, encore valable en mai 2026.

Phase 1, 0-50 000 € de capital boursier. PEA seul, sur ETF Monde et/ou ETF S&P 500 PEA-éligible. Courtier conseillé : Bourse Direct, Fortuneo ou BoursoBank selon préférences ergonomiques. DCA programmé. Aucun CTO à ce stade — la complexité fiscale n’est pas justifiée.

Phase 2, 50 000 € à 150 000 €. Continuer à abonder le PEA. Ouvrir éventuellement un CTO en complément si vous voulez investir sur des titres hors zone PEA-éligible (Apple, Microsoft, Berkshire, ETF Asie hors UCITS). Trade Republic ou Bourse Direct CTO selon préférences.

Phase 3, après 150 000 € de versements PEA. Plafond atteint. Tout nouvel apport va sur CTO. À ce stade, le choix du courtier CTO devient stratégique : Trade Republic pour la simplicité ETF en USD, Bourse Direct pour rester en France, Saxo pour l’univers étendu.

Phase 4, optimisation transmission. AV en parallèle (hors périmètre courtiers en ligne purs). PEA-PME complémentaire si profil entrepreneurial.

À retenir.
– PEA toujours d’abord : 17,2 % vs 30 % de fiscalité.
– PEA = courtier français obligatoire : BoursoBank, Fortuneo, Bourse Direct, BforBank, Saxo Banque.
– Néobrokers (Trade Republic, Scalable, DEGIRO, Lightyear) = CTO uniquement, pas de PEA.
– Plafond versements PEA : 150 000 € (300 000 € pour un couple).
– Transfert PEA possible, plafonné à 150 € de frais, antériorité fiscale conservée.

Synthèse

PEA vs CTO n’est pas un duel ; c’est une séquence. PEA d’abord pour 95 % des investisseurs particuliers résidents français. CTO en complément pour ce qui n’entre pas dans le PEA. Le choix du courtier découle de l’enveloppe : si vous voulez un PEA, vous êtes obligé de passer par un acteur français, point. Les néobrokers offrent une expérience mobile supérieure mais ne pourront pas, à court terme, fournir un PEA — la réglementation fiscale française leur fermera la porte tant qu’ils ne créent pas une succursale française agréée.

Pour la majorité des lecteurs : ouvrez un PEA chez Bourse Direct ou Fortuneo, abondez 100 € à 500 € par mois en ETF World, oubliez le compte pendant 5 ans minimum. Vous battrez 80 % des fonds actifs et économiserez 12,8 % d’IR sur vos plus-values. Le reste, c’est de l’optimisation à la marge.

Sources

  • BOFIP, fiscalité PEA : BOI-RPPM-RCM-40-50
  • Code monétaire et financier, articles L221-30 à L221-32-3 (PEA)
  • Décret n° 2020-95 du 5 février 2020 (plafonnement frais transfert PEA)
  • AMF, fiches éducatives PEA : amf-france.org
  • Bourse Direct, conditions tarifaires PEA : boursedirect.fr
  • BoursoBank, tarifs courtage : boursobank.com
  • Fortuneo, tarifs : fortuneo.fr

Mention de risque. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Avant toute décision, consultez un conseiller en investissement financier (CIF) immatriculé ORIAS.

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Miguel Marie-Magdelaine

Fondateur et rédacteur en chef d'Investalys. Investisseur particulier français depuis 2018 (PEA + assurance-vie + ETF), il porte une exigence éditoriale rigoureuse sur les sujets YMYL finance.

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