ETF émergents : faut-il en mettre dans son portefeuille en 2026 ?
En 2007, les marchés émergents étaient la grande star de la finance. Les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) allaient sauver le monde. Tout le monde achetait du Lyxor Emerging Markets ou du iShares Core MSCI EM. Sur les forums, on parlait « décennie asiatique ».
Quinze ans plus tard. La Russie a été sortie de l’indice du jour au lendemain en 2022, perte sèche pour les détenteurs. La Chine a perdu 50 % en trois ans. Le Brésil tangue. Les flux ont migré vers le S&P 500.
Et pourtant, je viens d’augmenter mon allocation émergente. Pourquoi ? On va voir.
Ce que contient vraiment un ETF émergents
Le MSCI Emerging Markets, indice de référence, couvre 24 pays au 30 avril 2026. Pondération approximative :
- Chine : ~24 %
- Inde : ~19 %
- Taïwan : ~19 %
- Corée du Sud : ~12 %
- Brésil : ~5 %
- Arabie saoudite : ~4 %
- Afrique du Sud : ~3 %
- Mexique : ~2,5 %
- Reste du monde émergent : ~11,5 %
Point important : la Corée du Sud est classée émergente par MSCI mais développée par FTSE. Le FTSE Emerging Markets pèse donc seulement 23 pays et exclut la Corée. Concrètement, ça change le profil de l’indice — sans la Corée (Samsung, SK Hynix), le FTSE EM est plus exposé Chine et Inde.
Côté secteurs : technologie ~25 % (TSMC, Samsung, Tencent, Alibaba, infosys), finance ~22 %, biens de consommation discrétionnaires ~14 %, énergie ~8 %.
Soyons honnêtes : « émergent », ça veut tout et rien dire. Le Taïwan a un PIB par habitant proche de l’Espagne. La Corée du Sud aussi. À l’inverse, le Pakistan ou l’Égypte sont en bas de tableau. L’indice mélange tout.
Performances : le retour de bâton 2010-2025
Décennie 2000-2010 : MSCI Emerging Markets +159 % cumulé en EUR. MSCI World : -14 %. Écrasement total.
Décennie 2015-2025 : MSCI Emerging Markets +68 % cumulé en EUR. MSCI World +192 %. Sous-performance massive.
Sur 5 ans glissants au 30 avril 2026 : MSCI EM +6,2 % annualisé en EUR. MSCI World +11,9 %. Écart de presque 6 points par an. Énorme.
Ce qui s’est passé : crise immobilière chinoise (Evergrande, Country Garden), guerre commerciale US-Chine, crash russe post-Ukraine, dévaluation des devises émergentes face au dollar fort. Et pendant ce temps, la tech américaine a explosé.
Les flux ont suivi. Selon Bloomberg, les ETF émergents ont enregistré des sorties nettes en 2022 et 2023, alors que les ETF actions monde recevaient des entrées record.
Les valorisations : le contre-argument 2026
Mais. Voilà l’argument du contraire.
Au 30 avril 2026, selon les données MSCI :
– MSCI Emerging Markets : PER 12,3, P/B 1,8, dividend yield 2,9 %
– MSCI World : PER 22,1, P/B 3,4, dividend yield 1,7 %
– S&P 500 : PER 24,5, P/B 4,2, dividend yield 1,5 %
Pour le dire autrement, les émergents se paient deux fois moins cher en multiple de bénéfices que les développés. Le marché américain a rarement été aussi cher en termes absolus depuis la bulle 2000.
Est-ce que ces valorisations basses se justifient ? Partiellement. Les risques politiques, monétaires, comptables sont plus élevés sur les émergents. Mais 2x d’écart, c’est beaucoup.
Historiquement, les périodes de gros écart de valorisation ont précédé des phases de rattrapage des émergents. Pas systématique, pas immédiat. Mais récurrent.
Le risque géopolitique : la Russie comme leçon
Mars 2022. Les indices MSCI et FTSE ont sorti la Russie de leurs paniers en quelques jours, après l’invasion de l’Ukraine. Les actions russes détenues par les ETF ont été marquées à zéro. Perte sèche d’environ 3 % pour les ETF émergents qui détenaient ~3 % de Russie.
Ce précédent a glacé beaucoup d’investisseurs. Et il a relancé le débat : si Pékin envahit Taïwan, que se passe-t-il pour les 19 % de Taïwan + 24 % de Chine de l’indice ? Réponse honnête : on ne sait pas exactement. Probablement un freeze massif, des sanctions, des marquages à zéro.
C’est le risque structurel des émergents. Pas un risque de valorisation, un risque binaire. Que vous l’acceptiez ou non est un choix personnel.
J’ai un proche qui a tout sorti de la Chine après 2022 par conviction politique. Il a raté la rallye chinois de fin 2024 (+40 % en six mois). Choix conséquent, dans les deux sens.
Les ETF émergents disponibles : panorama
Tier 1, gros encours, frais bas :
– iShares Core MSCI EM IMI (EIMI) : TER 0,18 %, encours 25 Md€, ~3 100 actions (l’IMI inclut les small caps)
– Amundi Prime Emerging Markets UCITS ETF : TER 0,10 %, encours 1,5 Md€ — récent et compétitif
– Vanguard FTSE Emerging Markets UCITS ETF (VFEM) : TER 0,22 %, encours 6 Md€ (sans Corée du Sud)
– Xtrackers MSCI EM (XMME) : TER 0,18 %, encours 4 Md€
ETF émergents éligibles PEA (synthétiques) :
– Amundi PEA MSCI Emerging Markets (PAEEM, ESE) : TER 0,20 %, encours 1,2 Md€
– BNP Easy MSCI EM UCITS ETF (EM PEA) : TER 0,55 % — beaucoup plus cher
ETF thématiques émergents :
– iShares MSCI EM ex-China (EMXC) : exclut la Chine totalement, TER 0,18 %
– Pour ceux qui veulent du émergent sans risque chinois.
J’ai consulté les TER sur amundi.fr et ishares.com le 6 mai 2026.
Combien mettre ? Le débat de l’allocation
Approche capitalisation pure : 11 % d’émergents, ce qui correspond à leur poids dans le FTSE All-World au 30 avril 2026.
Approche PIB pondéré : 25 à 30 % d’émergents, parce qu’ils représentent ~40 % du PIB mondial (mais beaucoup moins de la capitalisation boursière, biais qui sera peut-être corrigé un jour).
Approche conservatrice : 5 à 8 %, juste pour la diversification, sans surexposition.
Approche zéro : 0 %, en estimant que le risque géopolitique excède l’espérance de gain.
Personnellement, je suis à environ 12 % au 6 mai 2026, en passant essentiellement par le VWCE (qui inclut les émergents) plus un petit complément en EIMI pour surpondérer marginalement. Pas de conviction forte, juste une diversification de long terme.
Mon erreur en 2017 : j’étais à 30 % d’émergents, conviction « décennie asiatique ». J’ai sous-performé tellement longtemps que j’ai capitulé en 2022 à -25 % vs MSCI World. Surexposition payée cher. Leçon : ne pas avoir d’opinion trop forte sur les classes d’actifs.
Émergents seuls vs émergents inclus dans World ETF
Question récurrente : faut-il acheter un ETF émergents séparé OU prendre un FTSE All-World qui les inclut déjà ?
Pour la simplicité : FTSE All-World suffit. Vous avez 10-11 % d’émergents, automatiquement, sans rebalancement.
Pour le contrôle : MSCI World + EIMI séparé. Vous choisissez votre poids émergents (5 %, 15 %, 25 %).
Pour la fiscalité PEA : pas le choix, vous prenez les deux séparément (Amundi PEA Monde + Amundi PEA Emerging).
Côté coûts, FTSE All-World gagne (un seul ETF, un seul TER). Côté contrôle, World + EM séparé gagne. À vous.
Et la Chine séparément ? Le débat MSCI EM vs MSCI EM ex-China
Depuis 2023, plusieurs émetteurs proposent des ETF émergents sans la Chine. Idée : capturer le potentiel des émergents (Inde, Taïwan, Brésil, Mexique) sans le risque chinois.
iShares MSCI EM ex-China (EMXC) : TER 0,18 %, encours 1 Md€ et croissance rapide.
Performance comparée : EMXC sur 2024 a fait +18 % en EUR, contre +12 % pour le MSCI EM standard. Le surplus vient de la sous-performance chinoise.
Mais sur 2025, la Chine a rebondi (+30 % au S2 selon JustETF), et le MSCI EM standard a battu le EM ex-China.
Bref : le pari Chine in/out est un pari à part entière. Pas une diversification, un pari directionnel.
Le facteur devise : impact massif
Un ETF émergents en EUR contient en réalité une exposition à un panier de devises : yuan, roupie, dollar de Taïwan, won, real, peso. Ces devises bougent beaucoup contre l’euro.
Sur 2022, le réal brésilien a perdu 15 % contre l’euro. Le peso argentin a perdu 60 %. Sur 2024, la roupie indienne a baissé de 4 % contre l’euro. Tout ça impacte la performance de votre ETF, indépendamment de la performance des actions sous-jacentes.
Existe-t-il des ETF émergents couverts en EUR ? Quelques-uns, mais rares et chers (TER souvent +0,30 % par rapport à l’ETF non couvert). Et la couverture sur des devises émergentes est souvent imparfaite.
Pour la plupart des particuliers, on accepte le risque de change. C’est inhérent.
Ma position en mai 2026
Je suis modérément constructif sur les émergents. Pas parce que je crois à la « décennie asiatique » (bullshit narratif), mais parce que :
- Les valorisations sont 2x moins chères qu’aux US
- La diversification a une valeur en soi, peu importe la perf relative
- Sur 30 ans, j’ai 0 idée de quels marchés gagneront
Je tiens donc 12 % d’allocation émergente via le VWCE complété d’un peu d’EIMI. Je ne timer pas, je ne re-pondère pas en fonction des news. Je laisse couler.
Et si Taïwan est envahi un jour, je perdrai peut-être 5-7 % de mon capital total d’un coup. Je vis avec cette possibilité.
FAQ
Faut-il inclure des émergents dans un portefeuille ETF en 2026 ?
Pas obligatoirement. Si vous êtes 100 % MSCI World, vous capturez 70-75 % du marché actions mondial sans émergents. Mais une allocation 5-15 % émergents apporte une diversification que les chiffres historiques montrent utile sur des cycles de 20-30 ans.
Quel ETF émergents choisir en 2026 ?
Pour la plupart des particuliers : iShares Core MSCI EM IMI (EIMI) à 0,18 %, ou Amundi Prime EM à 0,10 % pour les plus regardants sur les frais. En PEA, l’Amundi PEA Emerging (PAEEM) reste la référence.
La Chine est-elle un bon investissement en 2026 ?
Question piégeuse. Valorisations très basses, mais risque géopolitique élevé. Les ETF MSCI EM exposent à 24 % à la Chine. Si vous voulez moins, le iShares MSCI EM ex-China (EMXC) existe.
Quelle proportion d’émergents dans un portefeuille équilibré ?
Approche capitalisation : 10-12 %. Approche conviction PIB : 20-30 %. Approche prudente : 5-8 %. Le bon chiffre dépend de votre horizon et tolérance.
Les émergents sont-ils plus volatils que les développés ?
Oui. Volatilité historique annualisée du MSCI EM : ~20 % vs ~15 % pour le MSCI World. Les drawdowns peuvent dépasser 50 % en période de crise.
Que s’est-il passé pour les ETF Russie en 2022 ?
La Russie a été retirée des indices MSCI et FTSE. Les actions russes ont été marquées à zéro dans les ETF émergents. Les détenteurs ont perdu environ 3 % de la valeur de leur ETF (poids historique de la Russie dans l’indice).
Sources et méthode
- MSCI Inc., factsheet MSCI Emerging Markets Index, 30 avril 2026, consulté sur msci.com
- JustETF, fiches comparatives EIMI / VFEM / PAEEM, consultées le 6 mai 2026
- DICI iShares Core MSCI EM IMI UCITS ETF (IE00BKM4GZ66), version avril 2026
- AMF, alerte sur le retrait de la Russie des indices MSCI/FTSE, mars 2022
- Données Morningstar Direct pour les performances 5 et 10 ans annualisées au 30 avril 2026
Mention de risque AMF
Les marchés émergents présentent des risques spécifiques : volatilité élevée, risque de change, risque géopolitique, risque de liquidité, risque de gouvernance. La perte en capital peut être totale ou partielle. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Consultez un conseiller en investissement financier enregistré à l’ORIAS pour un avis adapté à votre situation.