PER vs assurance-vie : que choisir pour préparer sa retraite ?
C’est la question qu’on me pose le plus souvent depuis trois ans. Et c’est la question pour laquelle il n’existe pas de réponse universelle. Ce qui n’empêche pas Internet d’en proposer des dizaines, souvent fausses, parfois dangereuses.
Soyons honnêtes : un PER et une assurance-vie ne jouent pas dans la même catégorie. Ils n’ont pas le même objectif, pas la même fiscalité, pas la même contrainte de liquidité. Comparer les deux comme on compare deux livrets, c’est passer à côté du sujet.
Mais. Vous voulez un avis tranché. On va vous en donner un, après avoir posé les chiffres.
La vraie différence : liquidité contre défiscalisation
Le PER, c’est un coffre verrouillé. Vous y mettez de l’argent, vous récupérez une économie d’impôt immédiate. La porte ne se rouvre qu’à la retraite, ou dans six cas spécifiques (achat résidence principale, invalidité, etc.).
L’assurance-vie, c’est un coffre dont vous avez la clé. Vous pouvez retirer quand vous voulez. Aucune économie d’impôt à l’entrée. La fiscalité avantageuse arrive à la sortie, et après 8 ans.
Voilà le cœur du sujet. Tout le reste, c’est du calcul.
J’ai un PER chez Linxea Spirit depuis janvier 2024. J’ai aussi une assurance-vie ouverte en 2014 chez Boursorama. Les deux servent. Pas pour la même chose.
Comparatif fiscal entrée et sortie
À l’entrée
- PER : versements déductibles du revenu imposable dans la limite de 10 % des revenus professionnels (plafond 8 PASS, soit 37 094 € en 2026). Économie d’impôt = TMI × montant versé.
- Assurance-vie : aucune déduction. Vous versez de l’argent net d’impôt, point.
Pour un cadre à la TMI 41 % qui verse 10 000 €, le PER offre 4 100 € d’économie d’impôt instantanée. L’assurance-vie : zéro.
À la sortie
L’assurance-vie après 8 ans :
– Abattement annuel de 4 600 € (célibataire) ou 9 200 € (couple) sur les gains
– Taux de PFU à 7,5 % au-delà jusqu’à 150 000 € de versements (24,7 % avec prélèvements sociaux)
– Pas de taxation sur le capital récupéré
Le PER en sortie capital après la retraite :
– Capital « versements » : barème de l’IR (TMI courante)
– Plus-values : flat tax 30 %
L’arbitrage central
Pour un même montant placé sur 25 ans à 6 % brut, voici ce qu’on obtient nettement (calculs maison, hypothèse versement unique 10 000 € à 40 ans, retrait à 65 ans) :
- AV après 8 ans : capital final ≈ 42 919 €. Net d’impôt après abattement annuel : environ 36 800 € (selon retrait étalé)
- PER, TMI entrée 41 %, TMI sortie 30 % : capital final ≈ 42 919 €. Net après IR sur versements (3 000 €) et flat tax sur PV (10 026 €) : environ 33 893 €. Mais avec l’économie d’impôt initiale (4 100 €) replacée à 6 %, on arrive à ≈ 39 700 €
- PER, TMI entrée 41 %, TMI sortie 11 % : capital final ≈ 42 919 €. Net : environ 38 200 € + 4 100 € replacés ≈ 41 800 €
Conclusion lapidaire : si votre TMI baisse à la retraite, le PER gagne. Si elle reste stable, c’est serré, le PER conserve un léger avantage. Si votre TMI à la sortie est plus haute (ça arrive : retraite + revenus locatifs + plus-values mobilisées), l’assurance-vie reprend le dessus.
Succession : ce qui change vraiment
La fiscalité successorale est l’un des angles morts du débat. Pourtant, c’est souvent là que se joue le choix.
Assurance-vie
Régime de l’article 990 I du CGI :
– Versements avant 70 ans : abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis 20 % jusqu’à 700 000 €, 31,25 % au-delà
– Versements après 70 ans : abattement global de 30 500 € (article 757 B du CGI), puis droits de succession classiques
C’est l’âge au versement qui compte.
PER assurantiel
Application différente selon l’âge au décès :
– Décès avant 70 ans : article 990 I, mêmes abattements que l’AV
– Décès après 70 ans : article 757 B, abattement de 30 500 € sur l’ensemble du capital (et pas seulement les versements). C’est nettement plus pénalisant.
Pour le dire autrement : si vous mourez à 78 ans avec 400 000 € sur un PER, l’abattement est de 30 500 € pour tous les bénéficiaires confondus. Sur l’AV, si les versements ont été faits avant 70 ans, c’est 152 500 € par bénéficiaire. La différence peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros de droits.
Mon avis : si la transmission compte, l’assurance-vie reste reine. Le PER est un outil de retraite, pas de transmission.
Frais : qui plume le plus son client ?
Voici ce que j’ai relevé en consultant les grilles tarifaires le 6 mai 2026 :
Sur les contrats en ligne
| Contrat | Type | Frais entrée | Gestion UC | Gestion fonds euro |
|---|---|---|---|---|
| Linxea Spirit 2 | AV | 0 % | 0,50 % | 1,75 % (rendement net) |
| Linxea Spirit PER | PER | 0 % | 0,50 % | 1,75 % (rendement net) |
| Yomoni Vie | AV | 0 % | 1,60 % tout compris | inclus |
| Yomoni Retraite+ | PER | 0 % | 1,60 % tout compris | inclus |
| Boursorama Vie | AV | 0 % | 0,75 % | 1,80 % (rendement net) |
Sur les contrats bancaires traditionnels
| Contrat | Type | Frais entrée | Gestion UC |
|---|---|---|---|
| BNP Multiplacements PER | PER | 3 % | 0,96 % |
| LCL PER | PER | 3 % | 1 % |
| BNP Cardif | AV | 4,50 % | 0,96 % |
| Société Générale Sequoia | AV | 4 % | 0,90 % |
À structure de frais comparable, le PER et l’AV se ressemblent. La vraie question n’est pas « PER ou AV », mais « contrat en ligne ou banque traditionnelle ». La réponse, vous la connaissez déjà.
Versements : flexibilité et plafonds
L’AV n’a aucun plafond légal de versement. Vous pouvez verser 1 € comme 500 000 €. Les seuls effets de seuil concernent la fiscalité (150 000 € de versements pour le PFU réduit) et la succession (152 500 €/bénéficiaire d’abattement).
Le PER plafonne la déduction fiscale à 10 % des revenus professionnels (8 PASS max). Vous pouvez verser plus, mais le surplus n’est pas déductible — et reste fiscalisé en sortie. Aucun intérêt.
Ma sœur a ouvert un PER chez Yomoni en mars 2026, le délai d’ouverture a été de 6 jours ouvrés. Elle voulait y verser 25 000 € (rappel de plafonds 2023-2024-2025). Elle gagnait 60 000 € net imposable. Plafond 2026 : 6 000 €. Plafonds reportables : 16 800 €. Total déductible : 22 800 €. Elle a versé 22 800 €, pas un euro de plus.
Cas pratiques : qui choisit quoi ?
Cas n°1 — Cadre TMI 41 %, 35 ans, projet retraite à 30 ans
PER prioritaire. Économie d’impôt massive à réinvestir. Si la TMI baisse à la retraite, le gain est colossal. Compléter par une AV pour la liquidité.
Cas n°2 — Indépendant TMI 30 %, 50 ans, fort souhait de transmission
AV prioritaire. Le PER après 70 ans est moins favorable en succession. L’AV permet de versement avant 70 ans avec abattement 152 500 €/bénéficiaire.
Cas n°3 — Salarié TMI 11 %, 28 ans, projet achat immo dans 5 ans
AV. Le PER ne sert à rien fiscalement à la TMI 11 %. L’AV reste liquide pour l’apport immobilier, et le PEL/CEL en complément.
Cas n°4 — Couple senior TMI 30 %, 62 ans, retraite imminente
AV uniquement. À 5 ans de la retraite, l’avantage du PER se réduit fortement (peu de temps pour capitaliser l’économie d’impôt) et le risque de blocage est trop élevé.
Cas n°5 — Profession libérale TMI 45 %, 45 ans, gros revenus
PER + AV. Saturer le plafond PER (économie d’impôt à 45 %), placer le surplus en AV. Stratégie classique. Probablement la plus fréquente parmi les médecins et avocats que je croise.
Le combo gagnant : utiliser les deux
Soyons clairs : la quasi-totalité des conseillers indépendants recommandent les deux. Le PER pour la défiscalisation et la retraite. L’assurance-vie pour la souplesse et la transmission.
L’erreur classique, c’est de tout mettre sur l’un ou sur l’autre. Mon premier réflexe quand j’analyse une situation patrimoniale, c’est de vérifier qu’il y a un peu des deux.
Une règle empirique que j’utilise : verser au PER jusqu’à saturation du gain marginal de TMI (sortir d’une tranche supérieure), puis basculer le reste sur l’AV. Ça optimise le ratio défiscalisation/liquidité.
FAQ — PER ou assurance-vie
Peut-on avoir un PER et une assurance-vie en même temps ?
Oui, et c’est même recommandé. Les deux enveloppes sont complémentaires.
Le PER bloque mon argent, est-ce vraiment un problème ?
Si votre épargne de précaution est ailleurs (livrets, AV ancienne), non. Si le PER est votre seule épargne, oui, gros problème.
Quel rendement attendre en 2026 ?
Fonds euro PER 2025 servis début 2026 : 2,40 % à 4,10 %. Fonds euro AV : 1,80 % à 4,15 %. UC en gestion pilotée équilibrée : 5 % à 7 % moyenne 5 ans.
Que se passe-t-il en cas de divorce ?
PER : intégré à la communauté de biens si régime communautaire, sortie possible si « invalidité » mais pas pour cause de divorce. AV : faut souvent racheter, fiscalité au prorata.
Peut-on transférer une AV vers un PER ?
Le transfert AV vers PER avec abattement doublé (article 125-0 A du CGI) est resté possible jusqu’au 31 décembre 2022. Depuis, plus d’avantage spécifique. Donc en pratique : non.
Sortir en rente ou en capital ?
Sur le PER, sortie en capital fractionné le plus souvent. Sur l’AV, vous n’êtes même pas obligé de sortir : retraits programmés selon vos besoins.
Sources et méthode
- Code général des impôts, articles 163 quatervicies, 990 I, 757 B, 158-5, 125-0 A
- Code monétaire et financier, articles L224-1 à L224-40, L132-9 à L132-12
- BOFiP, BOI-IR-BASE-20-50-20 (PER), BOI-RPPM-RCM-30-10-20 (AV), mises à jour au 14 février 2026
- Plafond annuel de la Sécurité sociale 2026 : 46 368 €
- Grilles tarifaires consultées le 6 mai 2026 : Linxea, Yomoni, Boursorama, BNP Paribas, LCL, Société Générale, Crédit Mutuel
- ACPR, rapport annuel 2025 sur l’épargne retraite individuelle (publié le 12 mars 2026)
Mention de risque AMF : les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L’investissement en unités de compte présente un risque de perte en capital. La fiscalité dépend de votre situation personnelle et est susceptible d’évoluer. Le PER bloque les fonds jusqu’à la retraite, hors cas de déblocage anticipé. Vérifiez systématiquement l’enregistrement du distributeur à l’ORIAS.